C'est bizarre les cogitages que l'on peut se retrouver à avoir, dans le genre "je m'accroche à ce que je peux !"

On a perdu notre fils pendant l'accouchement, donc chez nous, dans notre maison, il y avait (les grosses choses ont été emmenées chez mes parents depuis) bien sûr tout ce que nous avions prévu pour l'accueillir, les vêtements, le berceau, etc... Mais SA PRESENCE à lui n'y est pas...


Et on se dit souvent "heureusement que..." :

  • heureusement qu'on ne l'a pas eu quelques jours à la maison, quelques jours où il aurait rempli en gros notre vie, notre quotidien, toutes les pièces de la maison... pour ensuite laisser un vide encore plus grand que celui que l'ont vit actuellement ? Est ce que la douleur aurait été plus grande si on avait déjà des souvenirs de lui vivant, des souvenirs de lui dans notre maison ?
  • Heureusement qu'on l'a perdu après ces 9 mois de grossesse, plutôt que de l'avoir perdu à l'âge de 10 ans ? Car on perd à la fois les projets, mais aussi les souvenirs, les espoirs ? Alors que là nous ne perdons "que" les projets et tout l'amour que nous avons pour lui ?

Heureusement que... heureusement qu'on a l'instinct de survie qui essaie continuellement de se raccrocher à ce qu'il peut, à la petite branche qui affleure l'eau, qui nous permet de ne pas se noyer dans la peine et la douleur... Qui nous permet d'aller mieux ou au moins de tenir un jour de plus, de prendre des forces pour le prochain moment de désespoir où on en voudra au monde entier, qui nous permettra la prochaine fois de sauter un peu plus haut pour attraper une branche plus solide, plus grosse, pour ne pas retomber entièrement dans le courant des larmes...

Cette douleur qui reste finalement la même, quelque soit le moment, l'âge de l'enfant qu'on perd, qu'on aime finalement déjà du moment où on sait qu'il se niche bien au chaud au plus profond de son corps, non ?

Je garde en moi les larmes d'un client (je suis fleuriste) l'année dernière, un monsieur très gentil de 80 ou 90 ans à qui je demandais des nouvelles de son fils de 58 ans qui était un peu dépressif, un peu illuminé mais très gentil également, fils que je n'avais pas vu depuis quelques temps... Ce vieux monsieur qui à ma question a eu les larmes aux yeux et m'expliqua que son fils avait disparu, que ses papiers, sa voiture avaient été retrouvés... mais pas lui ! Et qui me dit avec beaucoup de lucidité que quand on trouve tout ça, l'espoir devient quasi inexistant... Je garde en moi ces larmes, cette profonde tristesse que j'ai ressentit pour lui...

Non finalement il n'y a pas d'échelle de douleur...

On apprend à vivre avec...

On a beau être jeune parent pouvant faire d'autres enfants, parents déjà comblés d'une grande famille d'enfants adultes, ou vieux parent d'un enfant déjà "agé" ...

On a mal, c'est tout ! Et les larmes d'une maman, d'un papa, quelque soit son âge font toujours et autant mal !!!

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Tinote