Le jour de la naissance et du décès d'Erwann, j'ai rencontré pour la première fois le psychologue de l'hopital qui  est également spécialisé en périnatalité... Ce qui dans notre cas est plutôt pas mal vu la situation que nous vivons.

Nous avons donc eu un premier entretien, où on a un peu parlé "à chaud" de ce que je ressentais, etc...

Et il m'avait dit que notre couple allait avoir besoin d'être très fort car ce genre d'expérience peut renforcer un couple... mais également le mettre en danger, voire le séparer tellement la peine est profonde, tellement le vide qui s'est installé entre les deux est grand.

Et moi de lui dire que non non, nous ne sommes pas comme ça, nous sommes solides, etc...

10 jours plus tard, je comprend vraiment combien ce que l'ont vit peut effectivement séparer un couple !!! ( Non non, ça n'est pas une annonce de séparation je vous rassure...) Car d'une part nous ne sommes pas des clones, donc nous avons des réactions différentes forcement, et surtout (enfin, c'est comme ça que je ressens les choses) en tant qu'Homme et Femme nous réagissons très très différemment avec les jours qui passent, c'est impressionnant ! Et des fois c'est difficile, lorsqu'on est submergée par la douleur, de ne pas en vouloir à l'autre de ne pas réagir de la même manière.

L'Homme lorsqu'un bébé va entrer dans la famille fait des projets, donne déjà de son amour, de son temps selon ses envies pour partager la grossesse avec sa femme, va être là ou pas pendant l'accouchement... Bref, il se projette essentiellement mentalement dans cette arrivée (même si le côté matériel prend aussi de la place à la maison) . Donc même s'il passe 9 mois à vivre la grossesse de sa femme, à communiquer avec son bébé à travers le ventre de sa femme, etc... ça reste essentiellement mental, très peu physique.

La Femme elle le vit au plus profond d'elle, physiquement, viscéralement, hormonalement... et elle le vit encore plus à travers l'accouchement !!! Donc son lien maternel se développe de manière plus intense, plus forte, plus rapide forcement...

Dur quand on vit cette situation de perdre un enfant de ne pas en vouloir à l'homme qu'on aime de ne pas réagir comme on le fait... Alors c'est clair que je devrais pas être surprise - et je ne le suis pas finalement - de cette telle différence...
Mais quand soi même on se sent super mal, qu'on en veut au monde entier, qu'on s'effondre, l'homme va plus intérioriser, certainement pas verbaliser comme je le fais, et aura plus besoin de s'occuper l'esprit, le corps pour passer cette épreuve. Il n'aime pas moins son fils... Juste qu'il s'exprime différemment. On dit que les épreuves renforcent l'amour... Certes, elle le peuvent ; mais tout autant elle peuvent le faire exploser si on n'arrive plus à communiquer, et surtout si on n'arrive pas à accepter ces différences de réactions, de douleur... Et Dieu sait si c'est difficile d'accepter l'autre comme il est.

C'est très très dur... Mais déjà le réaliser aide à se réparer...

Comme m'a dit le psychologue, pendant la grossesse le couple forme une sorte de creux en son milieu pour laisser la place au bébé qui s'annonce, il fait le nid en quelque sorte.
Donc quand le bébé qui s'annonce n'est finalement pas là, il y a ce creux, ce fichu vide qui est là, entre les deux parents...
Et là soit on laisse ce creux rester et s'amplifier, on se réfugie chacun de son côté, soit petit à petit on se rapproche, on ressoude la plaie ouverte dans notre coeur pour réussir à avoir une cicatrice qui sera toujours là, mais qui sera peut être, sûrement, plus solide qu'une peau toute belle toute neuve...

Le temps dira ce qu'il adviendra de tout ça... C'est difficile, mais nous voulons continuer sur le positif, petit à petit, en prenant son temps, en apprenant à faire avec ses différences, même si c'est vraiment très difficile !!!

à +

Tinote