Et oui, déjà deux semaines... à cette heure ci j'étais à la maternité à attendre impatiemment la venue de notre bout de chou ("bout d'cul" comme dirait papa ;) ) !

 

(non non promis je ne ferai pas forcement de 3, 4, 5 semaines, etc...)



Bien entendu personne ne s'attend à vivre ce que l'on vit actuellement... ni personnellement, ni dans son entourage. Finalement ça remet les choses à leur place en quelque sorte : nous sommes des humains... certes... Mais nous ne sommes QUE des humains !

A l'ère des nouvelles technologies, du "je choisis quoi, comment, quand, où, pourquoi" ... finalement les éléments essentiels de la vie - intimement liés en fin de compte - que sont la naissance et la mort, on ne les maîtrise pas encore ! Et on voit combien ça fait mal non seulement au monde médical qui voit la mort comme un échec, mais à chacun de nous qui pleurons lors de la mort de quelqu'un que l'on aime (ou même quelqu'un que l'on connait seulement) . Alors certes, je ne dis pas que c'est quelque chose de bien...

Mais finalement, résister, refuser d'accepter ce "non maîtrisable", ça sert à quoi, à part avoir plus mal encore ?

Au cours des deux dernières années j'ai vu dans mon métier (je sais plus si je l'ai dit mais je suis fleuriste et je travaille beaucoup pour le deuil particulièrement) des familles qui perdaient quelqu'un de plus ou moins proche, dans différentes conditions, avec plus ou moins d'attente (pas dans le sens "pourvu qu'il/elle meurt", mais quand c'est la suite logique des choses (une longue maladie ou la vieillesse) ou de brutalité, de maladie, d'un accident, etc... Les gens ont de telles réactions... J'en viens à me dire que ces deux dernières années où parfois j'ai écouté la tristesse des gens m'ont en quelque sorte préparée à vivre et supporter mieux la mort de mon fils...

De nos jours la mort est tellement tabou que ceux qui la vivent sont, le jour où ça arrive dans leur entourage proche, littéralement désemparés, doivent faire en même temps face au côté technique de la chose (décider d'inhumation ou incinération, contrat obsèques, messe, papiers, etc...) en trois jours top chrono (d'ailleurs connaissant assez bien le système j'ai eu peur de choquer les gens autour de moi à tout de suite penser à tout ça pour mon fils :( ).
Mais ils doivent aussi faire face à leurs sentiments par rapport au défunt d'une part, mais entre eux également... quelle famille n'a pas eu de gros clash explosif lors de la mort d'une personne ? Souvent ça fait resurgir de vieilles racunes, des histoires jamais résolues, etc...

Mais aussi la mort fait peur...

Il y a toujours ces vieilles superstitions j'ai l'impression. Ce qui peut aussi expliquer combien les gens sont mal à l'aise face à quelqu'un qui vit un deuil : c'est maintenant tellement aseptisé (je crois que je ne pourrai jamais aller "voir" un proche dans un salon funéraire rien que l'odeur du parfum-désinfectant m'est insoutenable !), caché, tabou que plus personne n'est habitué à être confronté à la mort.
Est ce vraiment bon finalement ?

Je me rappelle d'une cliente qui avait perdu sa grand mère et qui en parlait avec tellement de douceur : elle m'expliquait avoir pris soin de choisir ses vêtements, de l'avoir habillée avec l'aide de la personne des pompes funèbres, qu'elle l'avait veillée, etc... Elle paraissait bien plus en paix que ceux qui avaient laissé les pompes funèbre faire tout et qui finalement subissaient la situation sans agir un seul instant... Je ne sais pas, mais notre époque est étrange par rapport à ça. Je trouve ça tellement plus humain et équilibrant de dire aurevoir à quelqu'un que l'on aime en le touchant, en l'embrassant, en l'habillant pour son "dernier voyage" plutôt que de voir un cercueil fermé dans un salon funéraire asseptisé, étranger non ?

Le nombre de fois où je faisais un dessus de cercueil pour les obsèques d'une personne, et qu'un(e) client(e) rentrant dans le magasin voyant la forme typique de la chose sur la table de travail prenaient un vague air écoeuré/apeuré en disant "brrrr ça me fait froid dans le dos de voir ça, ça vous fait pas drôle vous ? "  Et moi, selon le client de répondre en rigolant "mais je vous rassure, en parler ou faire des fleurs pour ne fait pas mourir pour autant, sinon pour moi ça fait  longtemps que ça serait arrivé !! ;)" . Souvent les gens se détendaient un peu et changeaient de réaction...
Ben non ça me fait pas drôle... d'une part je fais mon travail donc je ne peux pas me permettre de pleurer à chaque travail de deuil que je fais, sinon j'ai de quoi me rendre malade pour des mois (en deux ans j'ai dû faire 300 ou 400 pièces de deuils environ, toutes tailles et tous budgets confondus), mais la meilleur manière d'accompagner un défunt dans la mort n'est elle pas de donner le meilleur de soi-même justement ?

Sans être systématique, les 1 ou 2h où je passais mon temps à faire un dessus de cercueil ça m'arrivait souvent de penser au défunt, à la famille qui sera peut être un peu allégée dans sa peine de voir leur proche si joliment accompagné, etc... Bon il y a des cas très difficiles... cas qui le sont aussi pour les pompes funèbres : un bébé qui décède, un ado qui se suicide, etc...
Là, la tristesse est quand même là, malgré la distance professionnelle nécessaire, et on met encore plus d'énergie, d'attention à ce que les fleurs soient parfaites...

Car il n'y a rien de plus injuste pour un parent que de voir son enfant mourir avant lui !


Tinote,

qui se reconstruit chaque jour un peu... qui va mieux de plus en plus souvent, qui va encore mal souvent aussi... Mais comme disent les anciens : "à chaque jour suffit sa peine"