• Dans ma bulle il y a des jours où je suis bien, où je suis heureuse de voir un petit rayon de soleil, une jonquille ou un crocus dans mon jardin...

  • Dans ma bulle deux minutes suffisent pour que la douleur de savoir qu'Erwann ne verra jamais ces fleurs si jolies est si forte que je m'effondre comme un château de carte...

  • Dans ma bulle j'ai à la fois envie de sortir, de communiquer, de parler, de voir mes proches, mes ami(e)s trop loins... mais j'ai aussi envie de m'enfermer seule sous ma couette pour pleurer mon chagrin, pour laisser couler mes larmes de trop plein de douleur dans mon cœur de maman vide de son bébé.

  • Dans ma bulle j'y laisse entrer à volonté mon homme, mon autre, mon chéri, mon savoyard au caractère bien trempé mais que j'ai tellement, sans lequel l'accouchement aurait été très dur, et sans lequel ces deux semaines auraient été insoutenables...

  • Dans ma bulle je suis pleine d'espoir en l'avenir, dans les enfants que nous voulons avoir malgré la mort d'Erwann... Mais j'ai peur de me remettre dans ce grand danger émotionnel : me projeter une seconde dans le futur à donner naissance à un bébé qui bouge, qui crie ou qui s'exprime me donne des frissons, une émotion de bonheur sans nom... mais une peur terrifiante de revivre ce que l'on vit actuellement une nouvelle fois...

  • Dans ma bulle je crois en la nature bienfaitrice, qui sait ce qu'elle fait... Pour moi c'est LA Nature avec un grand "N", Dieu pour d'autres, mon fils devait peut être juste faire ce petit bout de chemin, rien de plus, rien de moins... Une âme devait-elle finir quelques mois de son karma ?

  • Mais dans ma bulle j'en veux aussi à cette satanée Nature qui nous inflige cette épreuve horrible, je lui en veux de nous avoir choisit nous alors que tant de femmes ne veulent pas forcement un enfant et qu'elle en ont un en pleine santé pourtant...

  • Dans ma bulle savoir qu'il y a plus de bébé qui naissent pleins de vie que de bébé qui naissent les yeux fermés pour toujours me fait croire en la vie... Mais là je ne peux retenir mon cœur de saigner lorsque je vois ou que j'entends un nourrisson pleurer, que je vois un bébé en pleine santé... Je suis à la fois pleine de bonheur de voir les bébés de mes amies en pleine santé... mais ce pincement au fond de mon cœur est bien là !!!

Bref, ma bulle est pleine de contradictions, un peu comme moi en général dans la vie de tous les jours, ça dépend des moments :
- il y a des jours pleins de quiétude,
-des jours où à peine levée on attend avec impatience le soir pour se coucher,
-des jours neutres, sans émotions ni positives ni négatives,
-des jours pleins de hargne, de rage, de douleur,
-et des jours pleins de petites joies, de rires devant les bêtises de mes chats,
-de plein d'amour envers l'homme que j'ai épousé...

Tellement de sentiments qui s'entrechoquent en moi que je suis très fatiguée... On croirait pas comme la fatigue émotionnelle est épuisante !!!

Chaque jour fait avancer, parfois on retombe très bas, des fois on a pas trop envie de faire l'effort de mettre le coup de talon au fond pour remonter un bon coup... ça serait tellement facile de se laisser aller... Mais je veux remonter, tant bien que mal, même si c'est dur...


Bref, tout ça pour dire que tout ça c'est pas une question de courage, c'est une question de survie, d'espoir...