mardi 27 octobre 2009
Prendre son envol...
Ce week end ... ça y est ... Nous l'avons fait...
Des fois il y a
de quoi se demander, j'ai envie de voir des signes parfois... la météo
disait temps pourri tout le week end en Savoie, et samedi il a fait un
beau soleil...
Nous nous sommes décidé à aller disperser les cendres d'Erwann samedi après midi
car envie de ne pas cogiter tout le week end dessus pendant la fête de famille à laquelle nous allions par ailleurs, et bon je ressentais bien de faire ça samedi.
Nous sommes allés en
voiture jusqu'à 5min de l'endroit choisit... ce coin en particulier car
tout prêt se trouve le village ou la famille maternelle de ma belle mère vit
depuis 4 siècles, et que dans l'alpage là se trouve la ferme d'une de
ses grandes tantes, et pas loin encore une croix qui a été plantée il y
a des 10nes d'années par quelqu'un de leur famille... et qu'en plus
c'est un lieu de vie, très beau où les gens se promènent et font des
raquettes l'hiver (j'y étais déjà allée mais je ne m'en rappelle pas). Bref, un lieu où on pourra retourner facilement, nous ou nos familles s'ils le veulent et sans nous.
Nous avions prévu de l'eau de chez les parents de mon mari pour rincer l'urne que rien n'y reste.
Quand
nous sommes presque arrivés dans le coin pour nous garer on a croisé 3
couples avec leur bande de gamins, c'était chouette de les voir tous
courir et tout regarder autour.
Mon mari prend Garance, moi je met
l'urne et la bouteille d'eau dans un sac en toile et on y va... On
monte au début de l'alpage entre les petites maison, il fait beau, on
est au grand air, c'est vraiment un joli coin... on regarde autour de
nous, et
je vois la petite butte qui monte plus haut que la colline où nous
sommes... jei dis que je veux monter là haut...
On redescend sur le
chemin entre les deux collines et moi ça me prend d'un coup... une
envie de me connecter à la terre qui va accueillir mon bébé ? je ne
sais pas, mais j'enlève mes chaussures et chaussettes et je me met
pieds nus... je suis bien, calme même si mon coeur bondit un peu en
moi...
On monte, on tourne un peu pour chercher l'Endroit... et
finalement tout en haut de la butte, on se pose et on regarde autour de
nous... les alpages d'un côté, avec les maisons d'alpage, à droite tout
en bas des chevaux sont en train de paître et de courir, ils sont
beaux ; tout au loin on voit le Mont Blanc, des montagnes, des forêts,
des collines, le soleil et les nuages... je regarde tout autour de moi
et rien, strictement rien ne vient gâcher ce paysage si beau...
On se
dit tous les deux qu'Erwann sera bien là... que ses cendres ne vont pas
rester mais elle vont s'envoler pour aller ça et là... et même si elle
restent dans l'humidité de la terre, cet endroit est si beau que ça
nous fait du bien, et apaise un peu la peine qui est au fond de moi...
j'ai beau avoir ce calme, des sanglots et des hoquets de larmes montent
en moi, je m'agenouille parterre et je pleure sur la femme qui y
croyait, qui a accouché et qui était anéantie... je regarde derrière
moi sur cette dernière année... je me sens si différente de avant,
pendant et juste après ...
On entend les familles arriver proche... on
attend qu'ils passent et finalement ils vont dans le bois...
Je
m'assoies parterre et j'ouvre cette urne. J'appréhendais tellement de
les affronter ces cendres, je ne savais pas à quoi m'attendre, c'est si
peu que ça tiendrait dans le creux de ma main... un corps... ça n'est
finalement pas grand chose à côté de la place que prend une âme dans le
cœur... On se regarde... et je jette les cendres dans
l'herbe devant moi, je fond en larmes encore... on se serre l'un contre
l'autre, Garance est réveillée mais toute calme sur son papa... je
prend la bouteille d'eau, je remplis l'urne que je vide sur le
couvercle pour enlever toute trace de cendre dedans... que cette urne
ne redevienne qu'un contenant sans rien de particulier... je me rince
les mains, je vide toute la bouteille à tout rincer... et on se pose...
J'apprécie mes pieds nus dans l'humidité du sol, le vent
qui passe sur moi, le soleil sur mon visage, mon corps, juste là... mon
bras gauche qui serre la jambe de Loïc resté debout à côté... je
referme l'urne et on se pose...
Et là bizarrement les familles et leurs mômes
arrivent sur la butte et passent à 10m de nous, nous disent bonjour, je
ne sais pas s'ils ont compris... l'urne était devant nous, moi je
pleurais à moitié, peu importe ! D'un côté ça nous dérangeait d'être
"dérangés" ; de l'autre on a aimé que ces familles soient là,
avec leurs nombreux enfants, comme pour nous rappeller la vie, la joie,
la famille... les gamins regardaient et furetaient partout à dire tout
et n'importe quoi, c'était chouette de les entendre...
On est
redescendus, je me sentais toute légère, toute bizarre, comme si tout
en moi disait "enfin"... les pieds toujours nus dans l'herbe... on a
longuement regardé le paysage ... on reviendra... avec Garance, avec nos
autres enfants peut être ... là j'ai le sentiment d'avoir un truc de
changé en moi... ça durera je ne sais pas ... bon je me suis encore
tordu la cheville droite dimanche, je suis toujours un peu en lutte,
mais j'ai l'impression d'avoir moins de violence en moi ... je ne
pensais pas que ça me serait si important ces cendres ...
Adieu mon ange... en te laissant prendre ton envol, c'est aussi un morceau de moi que je met en liberté, celui qui a peur, qui a encore si mal, qui culpabilise de ne pas avoir pu te sauver de cette infection, c'est la jeune femme qui était dans la croyance de tout maîtriser...
Lacher prise... c'est la clé de tant de choses en fin de compte... je t'aime Erwann... à jamais tu seras dans mon coeur, mais il me faut te lacher un peu pour moi vivre aussi, pour aussi être là pour ta petite soeur, pour ceux qui la suivront... j'espère que cette quiétude qui m'habite ce soir va rester longtemps en moi, que c'est un morceau de renouveau qui démarre, on verra... à chaque jour son moment...
jeudi 1 octobre 2009
Tu me manques mon petit coeur...
Ne reste pas à pleurer devant ma tombe,
Je n'y suis pas, je n'y dors pas.
Je suis un millier de vents qui soufflent,
Je suis le scintillement du diamant sur la neige.
Je suis la lumière du soleil sur le grain mûr,
Je suis la douce pluie d'automne.
Quand tu t'éveille dans le calme du matin,
Je suis le prompt essor
Qui lance, vers le ciel où ils tournoient, les oiseaux
silencieux.
Je suis la douce étoile qui brille la nuit.
Ne reste pas à pleurer devant ma tombe.
Je n'y suis pas ; je suis partout, dans chacun de tes souffles.
Hier nous avons eu la joie de passer une superbe soirée avec des amis à fêter l'équinoxe à la Saint Michel, nous avons fait un repas d'automne, entre soupe de potiron et gâteau aux pommes et aux noix... Pour ensuite faire un parcours à la bougie dans le jardin, j'ai pris la bougie que ta mamie avait amené le jour où nous t'avons dit au revoir en plantant ton mirabellier, et j'ai pensé à toi, émue, durant tout ce parcours symbolique, où nous avons remercié la nature pour tout ce qu'elle nous a offert de bon cette année...
Tu me manques...
J'ai du mal à imaginer que ça fait déjà 1 an 1/2 que tu es parti de mon ventre, et entré dans ma vie comme un éternel enfant, je n'en reviens pas que je suis maman à moitié depuis tant de temps, et maintenant maman 1+1/2 depuis 5 mois déjà...
Ta petite soeur nous offre tant de joie, de bonheur, qu'heureusement le manque de toi parviens à être moins tenace, mais bon, il y aura toujours un absent dans notre quotidien...
J'aime à penser à toi comme les feuilles qui vont bientôt tomber des arbres, rougeoyantes, comme enflammées par le beau soleil d'automne, j'aime à penser que ces rayons de soleil sont tous des petits coucous que tu me fais de quelque part où je ne suis pas, j'aime à voir un morceau de toi dans chacune des graines que je recueille pour l'année prochaine dans les légumes du jardin, je te sens souffler au creux de mon cou lorsque le vent se lève ici où il peut être très fort...
et je vois des morceaux de toi, mon bébé dont je n'aurai jamais vu ni le regard ni le moindre souffle passer à travers tes lèvres, je vois un morceau de toi dans ma petite fleur de printemps qui te ressemble parfois tant, quand tard le soir elle dort, les traits détendus par le sommeil...
ce sont tes traits à toi, détendus eu aussi, que je vois, mais détendus pour toujours ...
tu me manque mon petit amour...
mercredi 4 mars 2009
Un anniversaire bien étrange...
Etrange mon ange... comme je me suis sentie si mal les jours derniers, et comme finalement là ça va encore, même si les larmes bordent mes paupières... Je ne fais pas une insomnie liée à cette date si particulière et si chère à mon cœur, juste que j'ai pas mal bavardé avec ma maman.
Il y a un an déjà... seulement, à cette heure-ci tu étais encore en moi, au chaud et vivant... Que de temps, que de larmes, que d'espoirs...
Que de chemin parcouru cette année !!!
J'essaie de ne pas trop me plonger profondément dans les méandres de mon cœur pour ne pas pleurer plus encore, mais ça n'est pas facile. On a beau faire, on a beau être pleine d'amour et d'espoir pour cette petite puce grandissant en moi, ça n'empêche que tu me manque.
Cruellement.
Douloureusement.
Viscéralement.
Du plus profond de moi tu me manques, car tu fais partie de moi Erwann, tu fais partie de moi car c'est en moi que tu as vécu ces neufs mois, tu fais partie de ton papa à travers tant de choses aussi, tu fais partie de notre vie, de notre couple, de notre famille en construction.
Nous ne saurons jamais quels parents nous aurions été si la vie ne t'avais pas quitté, car nous ne seront jamais ces parents non endeuillés...
Vivre ta mort a été, j'espère, la seule et la pire chose que nous aurons à vivre dans notre vie.
Elle nous aura changé.
J'ai tellement ce sentiment d'une "moi avant" et d'une "moi après" !!! ni mieux, ni moins bien, juste différente... à la fois plus douce et plus dure, plus ouverte, et pourtant plus intransigeante également... Bref, moi qui me sentais déjà avant très "cul entre deux chaises" là c'est même plus la peine, c'est encore plus fort !
Je t'aime mon petit coeur... Je ne peux m'empècher de m'autoriser un instant de me dire "si tu étais vivant, comment serais-tu pour ces 1 an ? Est ce que tu marcherais ? Est ce que tu parlerais déjà un peu ? Quels sourires nous ferais-tu ?" .
Allez, stop ! l'instant de chimère doit s'arrêter sous peine de plaie encore plus béantes... mon instant de rêve s'achève tout de suite, je veux me projetter vers l'avant, pas vers des rêves de choses que je n'aurai jamais.
En attendant je pleure vraiment, finalement... fallait bien que ça sorte tout ça !
Une cousine et d'autres mamanges m'ont toute dit la même chose : la première année est la plus difficile... Et je suis d'accord : au début on compte les heures, puis les jours, puis les semaines et les mois. Quand enfin on peut parler en année, alors une page se tourne un peu.
Sans rien oublier de toi, ni la douceur de ta peau, ni tes longs cils fermant tes yeux pour toujours, ni ton petit corps contre nous, ni cette image si belle de ton papa te tenant dans ses bras... Non, je n'oublie rien de tout ça !!! Je ne t'oublie pas mon Ange ! Juste que pour m'aider à avancer et me preserver, je vais essayer peu à peu d'abandonner quelques valises de larmes aux portes de cet anniversaire... Les valises de ces souvenirs des émotions qui font si mal, qui me retournent encore les tripes au plus profond de moi. Sans celà je coule dans cet océan de larmes qui maintenant tombent sans s'arrêter !! J'aimerais te parler encore longtemps Erwann...
Cette année a été très, très, très difficile. J'ai souvent pensé ne jamais réussir à recroire en la vie, je me suis souvent effondrée, malgré l'immense cadeau de la vie que nous avons reçu en attendant à nouveau un bébé, ta petite soeur...
Mais maintenant je regarde en arrière et je suis un peu fière de moi. Fière d'avoir "réussit", d'avoir passé ce cap, car vraiment il y a un an, seule avec ton papa dans cette chambre de maternité vide d'un enfant si présent dans nos coeurs, jamais je ne pensais pouvoir vivre et rire à nouveau...
je m'égare et je pars dans tous les sens...
Mais une maman ne l'est-elle pas forcement quand c'est pour parler de l'amour qu'elle a pour son enfant ?
Je me sens déjà un peu "moins pire" comme on dit, un peu moins dans la douleur, aurais pu déjà me délester de quelques larmes ? Je ne sais pas... Ce que je sais, c'est que malgré les duretés de la vie, elle reste belle pourtant... Ma petit magicienne qui chaque jour me rappele très fort que la vie est bien là et forte, que l'espoir est là aussi, tout aussi fort ! A travers chaque hoquet, chaque mouvement, chaque coup au fond de mon corps, je reprend goût à cet espoir, et je me dis à nouveau que la vie nous réserve beaucoup de bonheur... et ce bonheur si grand, nous seront peut être encore plus à même de savoir l'apprécier à sa juste valeur !
Si nous devons recevoir une leçon de ta mort mon petit Erwann, c'est ça, non ?
Que la vie peut être belle, pourvu qu'on sache la regarder de manière à ce qu'elle le soit ?
vendredi 17 octobre 2008
Pas un jour
Pas un jour sans que je pense à toi,
Pas un jour sans avoir les larmes aux yeux,
Pas un instant sans repenser à ces 9 mois de bonheur à t'attendre,
Pas un moment sans avoir mal de toi,
Pas une seconde sans penser à cet amour infini ressenti lorsque je t'ai eu contre moi,
Pas une minute sans avoir envie de poser ma douleur et espérer que ça ne me soit pas arrivé,
Pas un heure sans souffrir de ces minutes où tout à basculé,
Pas une semaine sans vouloir m'autoriser l'espace d'un moment de vivre au conditionnel.
A
chaque instant de ma vie, mon petit coeur, je t'aime d'un amour à
déplacer les montagnes, à changer le monde, cet amour infini qui m'a
envahit en même temps que la peine au moment où tu étais sur ma peau.
Chaque jour aide à avancer, à y croire à nouveau, à croire en ce petit
bout de quelques grammes qui grandit chaque seconde au plus profond de
moi... Mais qu'il est dur de grandir si vite d'un coup, si brutalement,
de vivre malgré tout, de tenter de voir le beau à venir et de ne pas
s'arrêter sur les peurs qui dévorent...
jeudi 4 septembre 2008
6 mois
Et oui, déjà 6 mois que mon petit coeur est né, ça commence à faire du temps... et heureusement le temps aide à apaiser les blessures... Les plaies sont là, encore en moi, en nous... mais elle se referment, elles laisseront des traces, mais peu à peu on se sent mieux, on fait des projets, on rit, on sourit...
ça fait du bien...
jeudi 14 août 2008
Alter Ego, Jean-Louis Aubert
Il manque un temps à ma vie
Il manque un temps, j'ai compris
Il me manque toi
Mon alter ego
Tu es parti mon ami
Tu m'as laissé seul ici
Mais partout tu me suis
Mon alter ego
Où tu es
J'irai te chercher
Où tu vis
Je saurai te trouver
Où tu te caches
Laisse-moi deviner
Dans mon cœur rien ne change
T'es toujours là, mon ange
Il manque ton rire à l'ennui
Il manque ta flamme à ma nuit
C'est pas du je
Mon alter ego
Où tu es
J'irai te chercher
Où tu vis
Je saurai te trouver
Où tu te caches
Laisse-moi deviner
T'es sûrement Baie des Anges
Sûrement là-bas, mon ange
Sûrement là-bas
Sûrement là-bas
Où tu es
J'irai te chercher
Où tu vis
Je saurai te trouver
Où que tu sois
Je voudrais que tu saches
Dans mon cœur rien ne change
T'es toujours là, mon ange
Il manque un temps à ma vie
Il manque ton rire, je m'ennuie
Il me manque toi, mon ami
Clip Alter Ego, Jean-Louis Aubert
Cette chanson est vraiment belle, je ne sais pas pour qui ou même si elle a été écrite pour quelqu'un en particulier, mais elle sonne d'une manière très étrange à mes oreilles, elle parle à mon coeur qui saigne, auquel il manque encore tant presque 6 mois après avoir donné naissance à mon ange qui me manque si fort !!!
mercredi 6 août 2008
Statistiques
J'ai enfin trouvé sur le net une source fiable, Source INSEE qui dit clairement les chiffres concernant tout ça :
Déjà, la définition de "mortalité périnatale" : Il s'agit des bébés nés sans vie à partir de 22SA jusqu'au terme (bien sûr) et les bébés nés en vie et mort à moins de 7 jours.
Au delà on parle de mortalité néonatale jusqu'à 28 jours, puis mortalité infantile jusqu'à un an.
En 2005, la mortalité périnatale se situait à 1.04/100 = environ 1%.
Avant 2001 on comptait 6.9/1000, donc moins, car le compte comprenait les bébés à partir de 180 jours/28SA.
C'est bizarre car lorsque l'on ne vit pas un drame, quel qu'il soit, on a facilement tendance à penser que ça ne va arriver qu'aux autres.
Bien heureusement dans un sens, car finalement on ne vivrait plus si on avait sans arrêt l'impression d'être au bord du précipice. Cependant, c'est affolant de voir que dans le cas qui nous concerne, on ne parle vraiment jamais de la mort d'un bébé, aucun média n'en parle, nulle part.
Alors que lorsqu'on le vit, forcement on s'intéresse plus au sujet et on cherche un peu le côté "chiffres" de la question. J'avais cherché sur le net, et j'ai difficilement trouvé cette confirmation à ce que je savais déjà (le psychologue m'en avait parlé) à savoir que la mortalité périnatale concerne presque 1% des naissances. Alors bien sûr, ça compte une naissance avant terme comme la mort d'un bébé dans les mêmes conditions qu'Erwann. Mais quand même... Sur environ 700 000 naissances par an, près de 5 000 bébés meurent à la naissance et on n'en parle pas, jamais !
Le pire est qu'en plus, même les personnes approchant quotidiennement la situation, à savoir les professionnels n'ont pas l'air d'être trop au courant ou d'en parler vraiment.
Par exemple, une connaissance qui doit accoucher bientôt était donc enceinte lorsque j'ai accouché, et bien entendu elle s'est inquiétée. Et sa gynécologue lui a dit "oh mais ne vous inquiétez pas, c'est extrémement rare, même pas un cas sur 1000 !" .
Alors ok, pas la peine d'angoisser une femme enceinte qui se pose déjà pleins de questions, mais de là à faire de la pure et dure désinformation, là je ne suis pas d'accord. Car c'est faire vivre les gens dans une croyance naïve que le monde actuel offre une certitude de "bon résultat dans 100% des cas ou presque", et que effectivement, toutes ces choses là n'arrivent vraiment qu'aux autres. Je trouve ça affligeant.
Forcement Erwann aurait été vivant j'aurais peut être un autre discours... mais pas tant que ça je pense.
J'ai toujours préféré la vérité, aussi dure soit-elle aux chimères et diverses couleuvres que l'on a tendance à vouloir nous faire avaler sans arrêt par l'intermédiaire de nos amis les médias.
Bref, tout ça pour dire que oui, et bien heureusement, la mortalité d'un bébé reste plus minoritaire que la vie... Mais ça arrive, ça peut arriver, ça n'empêche sûrement pas d'aimer un futur enfant du moment où il est conçu... Faut juste réaliser que non, cette vie est là, mais elle n'est pas acquise, beaucoup de choses peuvent arriver... Comme la vie peut mener son train train tranquillement, et heureusement qu'on y croit à tout ça malgré cette conscience des choses...
à +
Tinote
lundi 4 août 2008
5 mois
- 5 mois déjà... 5 mois qui paraissent être passés comme un coup de vent, mais aussi comme une éternité ;
- 5 mois à apprendre à refermer le vide que nous avions créé entre nous pour te faire une place ;
- 5 mois à réapprendre à vivre à 2 avant d'envisager à nouveau à vivre à 3 ;
- 5 mois à vivre avec la "nouvelle moi", car indubitablement il y a une "moi avant" et une "moi après" toi... même si j'ai conscience que si tu étais vivant ça serait le cas aussi... Pour moi te donner naissance a été une naissance pour moi aussi, de pleins de manières différentes. J'ai trouvé au fond de moi des ressources insoupçonnées de force, de puissance, de fragilité, d'amour viscéral qui jaillit quotidiennement de chaque parcelle de mon corps, et de souffrance aussi ;
- 5 mois à réussir à survivre à une situation à laquelle on n'imagine pas survivre quand on ne la vit pas ;
- 5 mois à reprendre vie, corps, sociabilité, habitudes... tous ces petits rien de la vie quotidienne, mais qui aident à garder la tête hors de l'eau les jours où on se laisserait bien aller se noyer dans le courant des angoisses et du mal être ;
- 5 mois à avancer, évoluer, me refaire confiance, aimer à nouveau, m'aimer à nouveau ;
- 5 mois à reprendre confiance en la vie, à croire en l'idée d'un bonheur à venir ;
- Mais aussi 5 mois à pleurer à s'arracher la tête, à hurler en soi tellement on n'en peut plus d'avoir si mal, où on crève de jalousie et d'envie devant les femmes qui elles profitent d'un bébé tout bien en bonne santé ;
- Et 5 mois à se sentir désespérément seule... et à réaliser que non on n'est pas seuls, que pleins de gens autour de nous, inconnus, anonymes vivent la même chose, voire pire... et réussissent à vivre malgré tout ;
- Et 5 mois à donner beaucoup en parlant, en écrivant, en partageant ce que je vis avec des ami(e)s proches ou virtuel(le)s ... et à recevoir énormément parfois de personnes quasi inconnues ;
- 5 mois à faire des rencontres enrichissantes ;
- 5 mois à découvrir une autre vie, une autre perception du monde, de chaque seconde qui passe, à comprendre qu'il faut vivre au présent plutôt que de passer son temps à se dire qu'on profirera des choses quand on aura ci ou ça ;
et surtout... 5 mois à apprendre à lacher prise, 5 mois à ressentir ces vagues d'amour, de tendresse, de partage, d'humanité... de tellement pleins de choses qu'on ne peut verbaliser (et pourtant Dieu sait si je verbalise ;) ! ) ... à voir que la vie est un trésor de richesses qu'on passe souvent son temps à refuser de voir tellement on espère ce que les autres ont eu, ont ou auront...
Bref, la vie est ainsi faite, dans toute chose, même la pire possible, on peut en tirer des choses positives, que paradoxalement on aurait même pas vu si tout avait été bien...
à +
Tinote
vendredi 18 juillet 2008
Nager entre deux eaux...
ça fait un bout de temps que j'ai pas écrit ici...
En fait en ce moment je suis entre deux eaux : l'envie d'avancer, de grandir, d'évoluer, de continuer ma vie... et celle de me laisser aller dans mes larmes et mes angoisses, toujours présentes.
La douleur de ne pas avoir mon fils auprès de moi est toujours vive. Je pensais avoir passé le stade de désespérance, or il n'en est rien, la douleur est là, lancinante... je reprend plaisir à voir les autres personnes, nos amis, nos proches, leurs enfants et bébés... Mais d'un côté ça me prend, et j'ai qu'une envie, c'est d'exploser de larmes et de sanglots, dire combien ma peine est grande, combien le manque et la frustration sont latents, que pas une seconde de mes jours n'est sans ce mal au fond de moi.
L'espoir est là aussi, et ne demande qu'à grandir... Mais il se retrouve face aux peurs de souffrir encore plus, de perdre encore un être que j'aime... de ne jamais avoir d'enfant...
Et si ... ? Avec des "et si", on ferait beaucoup de choses !
Dur de ne pas être impatiente, dur de ne pas psychotter chaque mois sur une grossesse éventuelle, dur de faire la paix avec ma vie qui fait mal, dur d'y croire à nouveau, dur d'attendre, encore et toujours pour un bonheur qu'on espère pour l'avenir, dur de vivre au présent avec ce que l'on a...
quelle leçon de vie ...
mardi 8 juillet 2008
L'enfant sans nom
J'ai récupéré ce titre du nom du site d'une association "l'enfant sans nom" qui milite pour qu'enfin les enfants nés sans vie soient reconnus par l'état civil.
En effet, un enfant mort-né ou né et estimé nom viable aura un acte d'enfant né sans vie, alors qu'un enfant qui nait vivant et qui meurt peu après a un acte de naissance et un acte de décès, et par conséquent, il figure à l'état civil.
Mon fils est mort environ 30 ou 45min avant sa naissance, par conséquent sur notre livret de famille, dans la case "premier enfant", en bas de page il a été rayé la mention "acte de décès" et réécrit par "acte d'enfant né sans vie", et il s'appelle Erwann... Juste Erwann. Officiellement il n'a pas de nom de famille. Cruelle manière de dire qu'officiellement il a existé, mais à moitié.
De même que si une femme perd son bébé avant 22SA, elle est considérée comme en congé maladie et a droit à deux semaines, et pas le congé maternité. Quand au papa, le congé paternité il peut toujours en rêver.
Ayant accouché bien après ces 22SA, j'ai eu mon congé maternité, mon mari a eu son congé paternité. Mais 11 jours c'est quoi lorsque l'on vit une telle chose ? peanuts !!! Mon mari n'aurait pas pu se débrouiller pour travailler à la maison pendant les deux mois après la mort de mon fils, ça aurait été très très dur pour moi, et peut être pour lui ! Mais tout le monde n'a pas cette chance, et je n'ose pas imaginer mon état si j'avais dû me retrouver seule seulement 11 jours après la mort de mon fils. J'estime que lorsque l'on perd un enfant de cette manière, le père devrait pouvoir bénéficier d'au moins un mois grand minimum pour être avec sa femme. La douleur est tellement grande que se retrouver seule, c'est très difficile. Et pour le père, même s'il vit les choses différemment, devoir retravailler 11 jours après avoir perdu son enfant, c'est très cruel aussi !
Il n'y a pas si longtemps, lorsqu'un bébé naissait mort, les médecins l'enlevaient vite de la vue de la jeune maman, soit disant pour ne pas lui faire plus de mal. Alors que finalement l'effet était inverse, vu qu'elle ne voyait pas ce bébé tant attendu. Heureusement aujourd'hui, même des bébés nés très tôt dans la grossesse peuvent être pris par leurs parents, choyés, et ils peuvent lui dire aurevoir et par là même pouvoir entamer leur travail de deuil.
L'état a peur qu'en donnant une reconnaissance officielle à ces 5000 bébés morts-nés (quand même ça fait près d'1% des naissances !!), il remette par là même en cause le droit à l'avortement. Alors que la reconnaissance est surtout symbolique en fait. Nous avons tellement besoin de parler de notre enfant, dire qu'il a existé, qu'il a bien été là, et qu'il sera pour toujours dans notre vie tellement sa vie, aussi courte ait-elle été, et sa mort auront chamboulé la notre de vie !! Et qu'officiellement il n'ait pas vraiment d'existence, qu'il ne soit qu'une case raturée et réécrite dans notre livret de famille, c'est dommage.
Cette manière de faire montre bien que finalement, ces 5000 bébés morts-nés chaque année sont du domaine du tabou. On n'en parle pas.
On nous bassine avec les accidentés de la route, on entend parler des drogues, de l'alcoolisme, de tout ça... Mais de ces 5000 bébés morts-nés et de leurs parents qui non seulement souffrent de cette perte, mais qui ont le sentiment que ce qu'ils vivent dérange, personne n'en parle. D'ailleurs quand Erwann est mort, je ne réalisais pas du tout que ça arrivait tant. Ben oui, on vit au 21e siècle !! Les bébés ça ne meurent plus ! On arrive bien à les récupérer à 5 mois 1/2 de grossesse parfois ! On fait accoucher des femmes de 70 ans !! Donc les bébés ça ne meure plus voyons. Et il ne faut pas en parler pour ne pas trop faire peur ...
Question :
-comment appelle-t'on quelqu'un qui a perdu ses parents ? un orphelin.
-comment appelle t'on quelqu'un qui a perdu son conjoint ? un veuf.
-comment appelle-t'on quelqu'un qui a perdu son enfant ? Même la langue française est sans mot devant la mort d'un enfant... (et finalement je réalise qu'il n'y a pas de mot pour définir quelqu'un qui a perdu un frère ou une soeur... comme quoi...)
à +
Tinote
(qui va bien contrairement aux apparences, je viens juste de voir un reportage de la chaine parlementaire sur le sujet :) )








