Ce week end ... ça y est ... Nous l'avons fait...

Des fois il y a de quoi se demander, j'ai envie de voir des signes parfois... la météo disait temps pourri tout le week end en Savoie, et samedi il a fait un beau soleil...

Nous nous sommes décidé à aller disperser les cendres d'Erwann samedi après midi car envie de ne pas cogiter tout le week end dessus pendant la fête de famille à laquelle nous allions par ailleurs, et bon je ressentais bien de faire ça samedi.

Nous sommes allés en voiture jusqu'à 5min de l'endroit choisit... ce coin en particulier car tout prêt se trouve le village ou la famille maternelle de ma belle mère vit depuis 4 siècles, et que dans l'alpage là se trouve la ferme d'une de ses grandes tantes, et pas loin encore une croix qui a été plantée il y a des 10nes d'années par quelqu'un de leur famille... et qu'en plus c'est un lieu de vie, très beau où les gens se promènent et font des raquettes l'hiver (j'y étais déjà allée mais je ne m'en rappelle pas). Bref, un lieu où on pourra retourner facilement, nous ou nos familles s'ils le veulent et sans nous.

Nous avions prévu de l'eau de chez les parents de mon mari pour rincer l'urne que rien n'y reste.

Quand nous sommes presque arrivés dans le coin pour nous garer on a croisé 3 couples avec leur bande de gamins, c'était chouette de les voir tous courir et tout regarder autour.

Mon mari prend Garance, moi je met l'urne et la bouteille d'eau dans un sac en toile et on y va... On monte au début de l'alpage entre les petites maison, il fait beau, on est au grand air, c'est vraiment un joli coin... on regarde autour de nous, et je vois la petite butte qui monte plus haut que la colline où nous sommes... jei dis que je veux monter là haut...

On redescend sur le chemin entre les deux collines et moi ça me prend d'un coup... une envie de me connecter à la terre qui va accueillir mon bébé ? je ne sais pas, mais j'enlève mes chaussures et chaussettes et je me met pieds nus... je suis bien, calme même si mon coeur bondit un peu en moi...

On monte, on tourne un peu pour chercher l'Endroit... et finalement tout en haut de la butte, on se pose et on regarde autour de nous... les alpages d'un côté, avec les maisons d'alpage, à droite tout en bas des chevaux sont en train de paître et de courir, ils sont beaux ; tout au loin on voit le Mont Blanc, des montagnes, des forêts, des collines, le soleil et les nuages... je regarde tout autour de moi et rien, strictement rien ne vient gâcher ce paysage si beau...


On se dit tous les deux qu'Erwann sera bien là... que ses cendres ne vont pas rester mais elle vont s'envoler pour aller ça et là... et même si elle restent dans l'humidité de la terre, cet endroit est si beau que ça nous fait du bien, et apaise un peu la peine qui est au fond de moi... j'ai beau avoir ce calme, des sanglots et des hoquets de larmes montent en moi, je m'agenouille parterre et je pleure sur la femme qui y croyait, qui a accouché et qui était anéantie... je regarde derrière moi sur cette dernière année... je me sens si différente de avant, pendant et juste après ...

On entend les familles arriver proche... on attend qu'ils passent et finalement ils vont dans le bois...

Je m'assoies parterre et j'ouvre cette urne. J'appréhendais tellement de les affronter ces cendres, je ne savais pas à quoi m'attendre, c'est si peu que ça tiendrait dans le creux de ma main... un corps... ça n'est finalement pas grand chose à côté de la place que prend une âme dans le cœur... On se regarde... et je jette les cendres dans l'herbe devant moi, je fond en larmes encore... on se serre l'un contre l'autre, Garance est réveillée mais toute calme sur son papa... je prend la bouteille d'eau, je remplis l'urne que je vide sur le couvercle pour enlever toute trace de cendre dedans... que cette urne ne redevienne qu'un contenant sans rien de particulier... je me rince les mains, je vide toute la bouteille à tout rincer... et on se pose...

J'apprécie mes pieds nus dans l'humidité du sol, le vent qui passe sur moi, le soleil sur mon visage, mon corps, juste là... mon bras gauche qui serre la jambe de Loïc resté debout à côté... je referme l'urne et on se pose...

Et là bizarrement les familles et leurs mômes arrivent sur la butte et passent à 10m de nous, nous disent bonjour, je ne sais pas s'ils ont compris... l'urne était devant nous, moi je pleurais à moitié, peu importe ! D'un côté ça nous dérangeait d'être "dérangés" ; de l'autre on a aimé que ces familles soient là, avec leurs nombreux enfants, comme pour nous rappeller la vie, la joie, la famille... les gamins regardaient et furetaient partout à dire tout et n'importe quoi, c'était chouette de les entendre...

On est redescendus, je me sentais toute légère, toute bizarre, comme si tout en moi disait "enfin"... les pieds toujours nus dans l'herbe... on a longuement regardé le paysage ... on reviendra... avec Garance, avec nos autres enfants peut être ... là j'ai le sentiment d'avoir un truc de changé en moi... ça durera je ne sais pas ... bon je me suis encore tordu la cheville droite dimanche, je suis toujours un peu en lutte, mais j'ai l'impression d'avoir moins de violence en moi ... je ne pensais pas que ça me serait si important ces cendres ...




Adieu mon ange... en te laissant prendre ton envol, c'est aussi un morceau de moi que je met en liberté, celui qui a peur, qui a encore si mal, qui culpabilise de ne pas avoir pu te sauver de cette infection, c'est la jeune femme qui était dans la croyance de tout maîtriser...

Lacher prise... c'est la clé de tant de choses en fin de compte... je t'aime Erwann... à jamais tu seras dans mon coeur, mais il me faut te lacher un peu pour moi vivre aussi, pour aussi être là pour ta petite soeur, pour ceux qui la suivront... j'espère que cette quiétude qui m'habite ce soir va rester longtemps en moi, que c'est un morceau de renouveau qui démarre, on verra... à chaque jour son moment...